Quelques cartouches

Quelques cartouches
9. avr., 2016
Texte
Traduction en français de l’article en espéranto
http://esperantumado.blogspot.fr/2016/02/stranga-trovo.html

AffaireCriminelle

La trouvaille
Munitions trouvées sous les tuiles en 2015
Nous sommes en juin 2015, sur le toit de notre maison, je remplace quelques tuiles cassées. Près du faîte de la toiture, découvrant les chevrons des cartouches apparaissent…! Étrange trouvaille.
Je déplace des tuiles voisines et trouve d’autres cartouches qui remplissent mes deux mains.
Ces munitions ne sont pas ordinaires. Elles ne sont pas oubliées par un chasseur. Mon service militaire datant d’un demi siècle refait surface, il fait reconnaître des munitions de guerre. La plupart des cartouches correspondent à un fusil, quelques unes à une arme de poing.
Pourquoi des objets aussi dangereux se trouvent-ils ici, près de la cheminée…?
Si un feu de cheminée se produisait le risque serait terrible. Les balles pourraient tuer dans toutes les directions…
J’examine attentivement la zone du toit voisine. Toutes ces munitions sont localisées sous trois ou quatre tuiles. Il est prudent de ne pas en omettre en les rassemblant dans une boîte. Le toit est sécurisé, le temps de la réflexion est ouvert. Pourquoi sur cette toiture, ces munitions ont été apportées et oubliées ?


Que penser de cette trouvaille ?
La deuxième guerre mondiale…C’est là qu’il faut chercher.
Les propriétaires de cette maison appartenaient à la résistance contre le nazisme, ils se nommaient Gilles et Antoinette. Gilles occupait la fonction de chef pour le quartier de Lingostière, Antoinette secondait son époux dans l’armée secrète de la résistance contre les nazis
Assis sur le faîte du toit, j’essaie d’imaginer la scène d’alors. Donc, vraisemblablement, Gilles avait posté un guetteur exactement à cet emplacement. Le point d’observation est stratégiquement très bien placé, d’ici, non seulement on peut voir toute la vallée mais en plus, on peut surveiller le chemin de Saquier, qui permet de grimper de la large vallée du torrent-fleuve Var vers les collines niçoises, jusqu’à Levens et atteindre les Alpes très proches.
Une nouvelle question se pose:
Quand et pourquoi, Gilles eut-il besoin de poster ici un combattant ?
Gilles décédé en 1995 ne peut plus nous donner une réponse détaillée qui peut-être se trouve dans l’histoire de la libération de Nice…
Consultons…
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Nice
Chronologie:
Au sujet de cette histoire locale on sait que la ville de Nice s’est libérée par elle même avant l’arrivée de l’armée américaine mais, pour comprendre la suite des événements, il est nécessaire de les arranger dans l’ordre chronologique.
Le débarquement des alliés eut lieu en Provence le 15 août 1944.
La partie du débarquement la plus proche de Nice s’est située à Théoule-sur-mer, elle s’est opérée le 16 août.
Entre Théoule et Nice la distance n’est à peut près, que de 50 km…mais, avec l’armée allemande entre les deux villes, les alliés ne pouvaient atteindre le fleuve Var rapidement sans prendre le risque de perdre des hommes…d’ailleurs ils avaient dès le débarquement, reçu l’ordre de ne pas franchir le Var.
La libération de Nice s’est effectuée le 28 août 1944 suite à la décision de l’armée secrète de résistance.
Les unités blindées américainnes sont arrivées sur la rive gauche du Var le 29 août en soirée, elles franchissent finalement le Var le lendemain, c’est-à-dire le 30 août.
On peut penser que sur ce toit le guetteur a été utile pendant deux semaines entre le 16 et le 30 août.
Durant la journée du 28 août, il est évident que l’observation de la large vallée était indispensable car l’armée d’occupation pouvait s’y déplacer pour fuir à travers les Alpes.
Les préoccupations des guetteurs installés sur cette toiture pendant deux semaines sont imaginables…
Sur l’autre rive du Var l’armée de libération est attendue avec impatience. Au sud la mer Méditerranée scintille sous le soleil, les étoiles et la lune mais de cette direction peut venir le danger, l’ennemi même perdant la guerre possède des armes beaucoup plus puissantes que les quelques fusils et pistolets que les résistants ont réussi à se procurer. Les combattants sont optimistes, ils reçoivent de rares mais bonnes nouvelles par radio, Ils savent qu’après cette longue, humiliante, oppressante occupation, la libération s’approche à grands pas.
La bataille de Nice:
Le matin du 28 août, les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), l’armée niçoise des ombres a décidé la rébellion contre l’occupant. Tout commence au lever du jour par l’action d’à peine une centaine de partisans mais la bataille a été soigneusement planifiée, rapidement le nombre des participants augmente et l’action militaire se déchaîne.
À la fin de la journée l’occupant nazi commence à s’enfuir de la ville en direction de l’Italie en passant par Menton.
Détail de la bataille dans le quartier de Lingostière:
Vraisemblablement le même jour dans le quartier de Lingostière où, sur notre toit, le guetteur continue son service, un événement très favorable pour les résistants, se produit.
Dans une maison du quartier appelée La Maison Rouge un détachement de la Wehrmacht d’une vingtaine d’hommes a décidé de se rendre aux résistants. Gilles se déplace pour aller recueillir dans la cours de La Maison Rouge leur reddition.

La maison rouge est visible de la route à la auteur du centre commercial Carrefour Lingostière

La maison rouge se voit aussi de chemin de Saquier

Anecdote racontée par Gilles:
Quand cet épisode m’a été raconté par Gilles lui même, un détail ne s’était pas effacé de sa mémoire et reste gravé dans la mienne, tout en parlementant dans la cour du casernement, il s’est aperçu que des pieds dépassaient de la terre fraîchement creusée, c’était ceux du commandant du détachement. Les soldats venaient de tuer leur officier et l’avaient sommairement enterré sur place. Par la suite, il s’avéra que ces polonais engagés de force dans la Wehrmacht, avaient compris que leur chef, nazi fanatique, les emmenait à l’abattoir et en avaient déduit la solution qui s’imposait.
Les ennemis d’hier coopèrent…
Les soldats polonais acceptent d’être prisonniers des FFI mais en plus, ils donnent leurs armes aux maquisards en leur apprenant même à s’en servir et puis ils consentent à coopérer au déminage de la rive gauche du Var. Leur coopération est d’autant plus efficace que c’est eux qui avaient procédé au minage. En compensation de cette bonne volonté ces soldats furent bien traités.
Dés le lendemain, le 30 août, le Var pouvait être franchi sans danger par les véhicules blindés de l’armée américaine qui pouvaient alors entrer dans la ville de Nice entièrement libérée. On imagine aisément la liesse populaire de cette journée historique malgré les sacrifices de la veille car quelques dizaines de patriotes pour la plupart très jeunes perdu la vie pour cette libération.
Les guetteurs se succédant sur cette petite surface de toiture, dans l’euphorie de la victoire et ne sachant que des cartouches avaient roulé sous les tuiles restées en place, le dernier guetteur à refermé rapidement la toiture en laissant ces vestiges des « années sombres » comme le disait Gilles. Voici comment quelques cartouches oubliées depuis 71 ans m’ont fait retrouver ces événements historiques.

Gilles et Antoinette en 1967
Au sujet du couple Gilles et Antoinette:
Après la guerre ils ont refusé toute récompense, décoration et pension. Gilles disait « Nous n’avons fait que notre devoir pendant la période sombre » . Ce sont les parents de mon épouse. Nous pouvons conserver un grand respect pour leur attitude et leur action pendant la guerre. Antoinette a survécu 5 ans à la mort de son mari, elle est décédée au tout début de l’année 2000.
Je me souviens que Gilles était fier de plusieurs succès :
Exception faite de l’officier nazi, la libération du quartier s’est faite sans perte humaine, l’approvisionnement de la population et la réorganisation administrative du quartier a été rapide et il n’y pas eu d’exaction, de brutalité injuste à déplorer, aucune femme n’a été tondue.

IMG_1394_phatch

Le passage du Var par les jeeps américaines le 30-8 et non le 29-8.
http://www.musee-resistance-azureenne.com/

ElektroUzino1950Et

IMG_0326.jpg
ElektroUzino1950Et.jpg
L’usine électrique fonctionnait au charbon et possédait 2 cheminées. Sur la photo l’une des ces cheminées vient d’exploser pour être détruite, l’autre va subir le même sort. L’usine est devenue un énorme transformateur.

Le 9 avril 1945, place Masséna à Nice, le général Charles de Gaulle évoque la liberation de la ville ainsi :
« Nice, le 28 aoùt 1944, par l’héroïque sacrifice de ses enfants, s’est libéré de l’occupant. (…) Nice liberigita, Nice fière, Nice glorieuse !»
La visite du général De Gaulle (prononco « D’ Goll »), le 9 avril 1945.
Le chef du gouvernement provisoire de la République visite Nice la préfecture du département des Alpes-Maritimes.


Cette visite eut lieu la veille de la bataille de l’Authion contre les dernières positions allemandes installées dans un ensemble de forts défendu par 600 soldats à quelques dizaines de kilomètres, dans la montagne au nord de Nice.
PS : La bataille de l’Authion nécessiterait un autre article…
http://www.ipernity.com/doc/yanpetro.cavelan/album/877622
https://fr.wikipedia.org/wiki/Massif_de_l%27Authion
http://www.musee-resistance-azureenne.com/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s